Taille texte
   

Jean-Marc JANCOVICI

Jean-Marc JANCOVICI
Jean-Marc JANCOVICI présente sur son site de manière claire et détaillée les vrais enjeux et échelles de notre consommation énergétique.

Service de l'Énergie

Service de l'Énergie
Le site du Service de l'Énergie et des Mines de Polynésie française présente les orientations du Pays en matière énergétique.

Les Énergies de la Mer

Les Énergies de la Mer
Le blog des Énergies (renouvelables) de la Mer fait une veille des informations sur le sujet des énergies marines.

Mercredi, 19 Novembre 2008 18:32

Énergies renouvelables - Quelles perspectives pour Tahiti ? À lire

Évaluer cet élément
(2 Votes)

Énergies renouvelablesCe dossier est la version écrite d'une présentation orale réalisée en juin et juillet 2008 en Polynésie française par Bruno GARNIER, membre de 2D attitude.

Il s'attache à répondre à certaines des idées liées au développement des énergies renouvelables en Polynésie, et en particulier aux "Yaka faire du solaire, de l'éolien, du coprah, etc.". Il pointe du doigt les projets irréalisables et les vraies niches énergétiques.


Où allons-nous globalement ? Simulation énergétique mondiale au XXIe siècle

Ce graphique est un rappel du dossier "Les énergies fossiles : vers une fin programmée".

Ces données, issues du secteur Recherche & Développement d'EDF, indiquent entre autres :

  • Un pic de production pétrolier (en bleu soutenu) autour de 2015,
  • Un pic pétrole + gaz (en bleu soutenu + rouge ; c'est à dire les énergies directement utilisables pour les transports) autour de 2025,
  • Un pic, toutes énergies confondues (du bleu soutenu au bleu clair) et en faisant de gros efforts au niveau des énergies renouvelables, en 2040.

À partir de 2040, le monde sera en déficit d'énergie et ce même en utilisant l'ensemble des ressources en charbon, ce qui aura un impact majeur sur le climat. Nous savons aujourd’hui qu’aucune nouvelle source d’énergie ne peut être développée à grande échelle d’ici trente ans de manière à remplir la partie fantomatique en haut du graphique, qui correspond à la tendance de consommation simulée.

D'où partons-nous localement ? Situation énergétique actuelle

Dans ce graphique, hydroélectricité, fioul, et environ 7% du gazole servent à faire de l’électricité (45%),
Le reste de gazole, l’essence et les carburéacteurs servent aux transports (49%),
Le gaz sert principalement à la cuisson et à l’eau chaude sanitaire (6%),
La part des énergies renouvelables autres que l'hydroélectricité est insignifiante.

Solaire

Solaire photovoltaïque

 

Le principe de l’énergie solaire photovoltaïque est la conversion par une cellule de silicium de lumière (photons) en électricité (électrons).
Il existe deux technologies dans le domaine du solaire photovoltaïque :

  • le connecté réseau où l’énergie du soleil est utilisée en complément de l’énergie du réseau électrique (il n'y a donc pas de batteries),
  • le photovoltaïque isolé, dans les endroits où il n’y a pas de réseau, et où l’énergie produite par les modules doit être stockée dans des batteries.

 

 

La plus grande centrale photovoltaïque du monde a une superficie de 100 hectares, soit l'équivalent d'une bande de 200 m de large entre la Cathédrale de Papeete et l’Aéroport de Faa’a ! Tout ça pour un malheureux 3%...
L’énergie solaire représente aujourd’hui, seulement 0.005% de l’énergie totale consommée dans le monde.
L’énergie solaire photovoltaïque possède une caractéristique rare (et malheureuse) dans les énergies renouvelables, elle est très peu sensible aux économies d’échelle : pour réaliser un champ géant tel que celui de Hoya de los Vicentes, il faut utiliser – en plus grand nombre – les mêmes modules que ceux qui servent à électrifier de modestes maisons en site isolé.
Cette caractéristique rend l’énergie solaire intéressante pour les petites puissances, mais d’un coût excessif pour les grosses.

Solaire thermique

 

 

Le principe du chauffe-eau solaire (solaire thermique) est le même que celui du tuyau d’arrosage resté au soleil toute la journée et qui, en fin d’après-midi, délivre de l’eau brûlante.
À ce système très simple, il a uniquement été ajouté un réservoir isolé qui permet de conserver cette eau chaude pendant plusieurs jours.
Le solaire thermique est la seule source d’énergie renouvelable individuelle qui a percé sans aucune subvention.
30% de l’eau chaude sanitaire sur Tahiti est d’origine solaire.
Un tout petit coup de pouce (prêts à taux 0, communication, …) permettrait de décider les 70% de récalcitrants, et ainsi de faire 30 GWh d’économies sur la facture énergétique polynésienne. Un joli 2% du total du bouquet énergétique polynésien, simplement avec cela.

Solaire thermo-électrique

 

Le solaire thermo-électrique est l’une des technologies les plus prometteuses pour l’énergie mondiale.
Le principe en est de concentrer les rayons solaires afin d’échauffer un liquide caloporteur (de l'huile par exemple), ce liquide servant par la suite à faire bouillir de l’eau, ce qui entraîne une centrale à vapeur.
Cependant, elle n’est pas adaptée en Polynésie. En effet, elle nécessite :

  • de grandes étendues plates,
  • des zones arides.

Hydro-électricité

 

 


L’hydro-électricité, qui est bien moins médiatique que le photovoltaïque, est l’une des deux seules énergies renouvelables (avec le bois, dit aussi dendro-énergie) qui représente plus que l’épaisseur du trait dans le mix énergétique mondial.
Contrairement au solaire, l’énergie hydro-électrique est fortement influencée par les économies d’échelle : 1kWh produit par une installation de grande taille reviendra beaucoup moins cher qu’1 kWh produit par une installation de petite taille.
Elle a comme avantage d’être assez stable, le débit d’un cours d’eau ne variant que rarement de façon brutale.
À Tahiti, entre 25 et 30% de l’électricité est produite grâce à l’hydro-électricité, et il est possible de doubler le potentiel actuel...
Aux Marquises et dans les Îles Sous le Vent aussi, le potentiel hydro-électrique inexploité est important.

 

Éolien

 


L’énergie éolienne est une autre forme d’énergie fortement sensible aux économies d’échelle. Les éoliennes de grande taille sont parmi les sources d’énergie renouvelables les moins chères au kWh produit.

 


Si les conditions cycloniques et l’infrastructure portuaire de Tahiti ne permet pas d’implanter des éoliennes géantes de 2 MW (comme celles de Princess Amalia), il existe des éoliennes de moyenne puissance adaptées aux régimes de vent tropicaux et qui peuvent se replier en cas de cyclone, du même type que celle du schéma ci-dessus.

 

La difficulté principale pour la mise en place d’une production éolienne importante est l’instabilité de cette ressource: lorsque le vent dépasse une certaine vitesse, l’éolienne se « met en drapeau » afin d’éviter toute casse mécanique. (comme on le voit sur le graphique ci-dessus vers 90 km/h). Cette baisse soudaine de la production éolienne peut déstabiliser le réseau électrique si la part d’énergie éolienne est trop importante.

Climatisation eau de mer (production de froid)

 


 

À 1 000 m de fond, la température de l’eau est de 4°C. Cette eau peut être pompée pour être utilisée pour la climatisation de locaux (hôtels). Ce procédé est appellé SWAC en anglais (Sea Water Air Conditioning).

Énergie thermique des mers (production d'électricité)

 


 

En zone intertropicale, il est aussi possible d’utiliser le différentiel de température entre l’eau profonde (4°C) et l’eau de surface (26°C) afin de produire de l’électricité. Ce procédé se nomme en anglais OTEC (Ocean Thermal Energy Conversion).

Géothermie profonde

 


 

Comme tous les volcans, Tahiti a été formée par des coulées de lave provenant du manteau terrestre.
Tahiti étant une île jeune (500 000 ans pour la Presqu'île environ), il est légitime de s’interroger sur la chaleur résiduelle présente en profondeur.
Une équipe du BRGM a effectué une étude de pré-faisabilité qui n’exclut pas la possibilité de trouver une chaleur exploitable à des profondeurs acceptables.
Le problème de cette technologie est que les études sont très onéreuses.

Houle

 


 

Deux procédés principaux permettent d’utiliser l’énergie de la houle :
Le procédé Wavegen qui utilise l’oscillation de la houle dans une colonne d’air pour comprimer, puis décomprimer ce dernier. Une turbine se chargeant de convertir ces mouvements d’air en électricité.
Le procédé Pelamis qui consiste en de grands flotteurs rigides articulés entre eux. Leurs mouvements actionnent des vérins hydrauliques qui compriment de l’huile, cet huile sous pression faisant tourner une turbine.

Biodiesel

Coprah

L’utilisation de l’arbre de vie pour produire l’énergie dont a besoin la Polynésie est très séduisante. Elle permettrait:

  • de dynamiser l’économie des îles éloignées,
  • de résoudre les problèmes de dépendance énergétique de la Polynésie,
  • de trouver du travail pour de nombreux jeunes sans qualification.

Cependant, cette solution miracle n’est pas réaliste pour trois raisons :

  • économique (même au prix actuel du pétrole, le coprah est encore cinq fois plus cher),
  • énergétique (l’énergie dépensée pour le transport et le pressage est trop importante au regard de l’énergie produite),
  • échelle (la totalité de la production de coprah polynésien représente moins d’1% de la consommation).

Il est cependant légitime d’étudier la faisabilité de petites structures où la pression et l’utilisation du coprah auraient lieu sur le lieu de production.

Agricarburants mondiaux

 

 

Sans commentaires...

Algues oléagineuses

 


 

Les algues oléagineuses seront peut-être le bio-carburant du futur. Sur des terres non fertiles, cette technologie promet des rendements de loin supérieurs à ceux des biocarburants classiques.
Cependant, le pas de la recherche à la production de masse demandera du temps.

Déchets

 

 

Les déchets sont eux aussi une source d’énergie. Leur classement dans les énergies renouvelables est abondamment discuté dans la littérature spécialisée.
Le procédé le plus classique consiste en une incinération des déchets, mais de nouveaux procédés sont prometteurs : digesteurs, pyrolyse, …

Synthèse

 


 

Ce graphique est divisé en trois parties :

  • à gauche, les projets irréalisable en Polynésie,
  • au centre, les projets réalisables à l’échelle de Tahiti,
  • à droite, les actions de maîtrise de l’énergie réalisables sur Tahiti.


Ce qui apparaît dans ce graphique, c’est que ce ne sont pas toujours les réalisations les plus spectaculaires qui sont les plus efficaces : en introduisant une petite dose de covoiturage dans nos déplacements de tous les jours, nous économiserions presque deux fois la production de la plus grande centrale photovoltaïque du monde !...

L'énergie : une histoire de coûts...

 


 

Ce graphique, basé sur des coûts d'installations réalisables en Polynésie, montre qu’il n’existe pas d’énergie « magique » :

  • l’éolien n’est pas cher, mais il ne peut couvrir qu’un faible pourcentage de la consommation totale sous peine de déstabiliser le réseau,
  • l’hydro-électricité est plus stable, mais limitée par les sites équipables,
  • le solaire est le plus médiatique, mais aussi le plus cher.

La solution est donc un « mix énergétique » qui utilise sans a priori les énergies les plus appropriées dans chaque domaine.

Plus dans cette catégorie : L'éolien progresse de 37% »

4 Commentaires

  • Lien vers le commentaire Isabelle Malbranche Lundi, 15 Février 2010 01:08 Posté par Isabelle Malbranche

    Ia ora na,

    Questionnement sur vos info :

    Swac, Pourquoi précisez vous que l'eau est pompée en profondeur à 4 degrés mais pas qu'elle est rejetée en surface entre 20 et 24 degrés ?
    çà ne me parait pas très écologiste, surtout si en plus on ne fait pas d'étude d'impact sur la zone de refoulement ?

    Coprah : Pourquoi ne précisez vous pas que la production de coprah étaient beaucoup plus importante avant la mise en place de la "subvention" donc qu'il n'y a aucun problème de production suffisante si nous revenons à la quantité de production passée ?

    Merci de précisez si je me trompe.
    Bonne journée, bonne semaine

    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
  • Lien vers le commentaire Mizaël FAUCON Lundi, 15 Février 2010 21:29 Posté par Mizaël FAUCON

    Ia ora na,

    Merci de vos commentaires, qui sont tout à fait justifiés. Nous avions en effet choisi de faire un article pas trop long afin de ne pas le surcharger. Pour le coup, certaines précisions méritent d’être apportées.
    Pour commencer, la meilleure énergie, la plus écologique, celle qui aura toujours notre préférence, est celle que nous ne produisons pas. Aujourd’hui, il en « faut » cependant pour assurer nos divers besoins et loisirs.
    Toute forme de récupération d’énergie a donc un impact polluant qu’il convient de bien connaître, et de comparer. Pour le SWAC et l’ETM, effectivement, il est important de veiller au rejet d’eau, l’idéal étant de la rejeter à une profondeur où la température est la même que l’eau à rejeter. Aujourd’hui, sur ce sujet, il semble bien que la balance entre les avantages et les inconvénients de cette technique penchent vers les avantages, la « faute » au double ennemi numéro 1 : l’accumulation de CO2 due à la combustion des énergies fossiles et la déplétion énergétique : mieux vaut donc produire du froid ou de l’énergie avec cette méthode qu’avec du pétrole. À noter qu’il existe par ailleurs un procédé de SWAC en circuit fermé, qui ne rejette donc pas du tout d’eau en surface.
    Pour le coprah, effectivement l’âge d’or de son exploitation est aujourd’hui terminée et l’utilisation en tant qu’agricarburant pourrait relancer l’intérêt pour ces cocoteraies souvent vieillissantes. Le graphique de synthèse de ce même article présente l’ordre de grandeur de production d’énergie efficace à l’aide de coprah si on relançait l’ensemble des cocoteraies de Polynésie (et en supposant qu’on le consomme sur place plutôt que de le transporter vers Tahiti). Le coprah en tant qu’énergie c’est donc très intéressant pour les îles de production, mais ce n’est pas une solution globale, et surtout pas pour Tahiti.

    J’espère avoir pu répondre à vos questions. N’hésitez pas si vous en avez d’autres ou si vous souhaitez des précisions.

    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
  • Lien vers le commentaire Isabelle Malbranche Lundi, 15 Février 2010 23:18 Posté par Isabelle Malbranche

    Ia ora na Mizael,

    Merci pour votre rapidité de réponse et surtout de vos précisions.

    Je comprends bien que l'on doit chercher l'énergie du "moindre mal" cependant je dois reconnaître que le SWAC me donne vraiment des difficultés d'acceptation
    du label qu'Intercontinental s'est servi pour sa mise en place c-a-d le swac, super écologique.

    Mizael, partons d'une utilisation mondial du swac a circuit ouvert (puisque celui a circuit fermé n'est que pour les petites unités) est-ce que je me trompe :
    si je dis que l'eau des profondeurs n'a pas les mêmes caractéristiques que l'eau de surface donc modification obligatoire de la biodiversité sur la zone de refoulement.
    si je dis que la température moyenne mondial des eaux de surface est autour de 17 degrés et que le swac peut rejeter de l'eau entre 20 et 24 degrés.
    si je dis que dans le pacifique le principe d'upwelling naturel est presque nul donc on ne peut pas compter dessus pour minimiser l'impact du rejet
    si je dis que les fonds océaniens mondiaux rengorgent d'hydrates de méthane qui deviennent instable avec une augmentation de seulement 1 degré de son environnement (entre 400 et 800m de prof)
    si je dis que tous les scientifiques préviennent de l'énorme danger que provoque l'augmentation de la température des océans et que ce système en final va dans le sens contraire ou l'on doit aller
    De plus, le moindre mal existe puisque les scandinaves annonce la clim solaire pour les grands édifices
    Kinetics, En Australie, http://www.eco-kinetics.com/solar-airconditioning.html
    revend les produits de
    Climatewell, En Suède, http://www.climatewell.com/index.html#/solutions
    Que le problème du gaz polluant des clim est résolu
    Que l'énergie électrique nucléaire est soi-disant l'énergie la moins polluante, le problème est donc de réduire l'énergie fossile et la clim n'a pas a utiliser l'énergie fossile si le territoire développe les énergie alternative.

    Je ne vois vraiment pas l'avantage du swac quand on regarde tout çà mais encore une fois je peux me tromper, j'attend toujours que quelqu'un m'explique où est-ce que le swac rentre dans la catégorie du développement durable, de la préservation de la biodiversité.

    Je vous remercie de bien vouloir me donner votre avis et j'accepte que vous publiez mes commentaires, mais vous allez vous attirer les foudres des défenseurs financier du swac ;-)


    Bonne journée


    PS Sans parler de solution globale, pourquoi pas le coprah a la place du diesel dans nos véhicules ?

    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.
  • Lien vers le commentaire Mizaël FAUCON Mardi, 23 Février 2010 11:20 Posté par Mizaël FAUCON

    Ia ora na Isabelle,

    Je vais essayer de répondre en fonction de ce que je sais du sujet. Mais pour aller plus loin, il faudra contacter par exemple Bruno GARNIER (bruno.garnier@2dattitude.org), qui a créé une société avec un procédé pilote de SWAC, ou David WARY (david.wary@2dattitude.org) qui a travaillé sur le projet SWAC de BB (mais qui resteront, à travers l'engagement associatif de 2D attitude très objectifs dans leurs réponses). Ci-dessous, vous ne trouverez, que mon avis de non spécialiste.

    Tout d’abord, il n’y a pas photo : le SWAC de l’hôtel de BB fait économiser 80% du gasoil utilisé par l’hôtel pour son électricité (je ne me souviens plus de la quantité en milliers de litres sur l’année, aussi je ne l’indiquerai pas, mais c’est considérable). Certes, l’hôtel pourrait aller plus loin car il obtient plus de froid qu’il n’en consomme, mais c’est devenu une spécificité chère à l’hôtel et il ne souhaite pas vendre son froid à ses concurrents).
    Ensuite, pour parler rapidement SWAC en circuit ouvert / circuit fermé, il serait probablement possible de l’équiper en circuit fermé. Mais le projet s’est monté à l’époque avec du circuit ouvert. Aujourd’hui le choix serait peut-être différent (pour des raisons économiques et environnementales).

    Prenons maintenant point par point vos remarques :
    - Les caractéristiques de l’eau profonde sont effectivement différentes de l’eau de surface. Elle est non seulement plus froide, mais aussi plus riche en minéraux dissous. Une fois qu’elle s’est réchauffée à terre, l’idéal est de la rejeter à une profondeur où elle aura le moins d’impact thermique et où elle se diluera rapidement. Reste le problème de la richesse en minéraux dissous, qui sont des nutriments pour le phytoplancton : dans ces zones, si ce n’est pas trop profond, le phytoplancton va donc se développer et démarrer toute une chaîne alimentaire : zooplancton, petits poissons, gros poissons. On pourrait donc penser que c’est à nouveau un atout environnementale, mais la réalité est certainement plus complexe que cela. La NOAA a réalisé une étude sur ce sujet pour l’OTEC, c'est-à-dire la production d’électricité (et non pas seulement de froid) à partir d’eau profonde, une technique qui nécessite de pomper beaucoup plus d’eau profonde et d’eau de surface que le SWAC. Elle conclue que, globalement, et environnementalement parlant, les atouts de la technique l’emporte sur les défauts.
    - La température mondiale n’est pas un critère : on ne peut faire du SWAC que s’il y a un fort différentiel de température : dans les lacs des pays tempérés donc et dans les pays tropicaux insulaires.
    - En ce qui concerne le phénomène d’upwelling, je ne fais pas de commentaire : effectivement il n’y a pas d’upwelling conventionnel en Polynésie. Francis ROUGERIE avait supposé l’existence d’un endo-upwelling interne à la barrière récifale, phénomène qui expliquerait la formidable réussite des constructions coralliennes mais à ma connaissance cette théorie n’a jamais été validée.
    - Il n’y a pas des hydrates de méthanes partout. Ils se situent en particulier au pied des talus continentaux et, ça tombe bien, on ne peut de toutes façons pas faire de SWAC ou d’OTEC dans les pays continentaux car ce talus est à des centaines de km de la côte : il faudrait un tuyau très long et donc les pertes en froid serait bien trop importants pour faire du SWAC.
    - En ce qui concerne les climatisations solaires ; certes le procédé existe et évolue (il fait appel à des changements de phase de fluides) mais ce n’est pas si au point que ça dans la durée. Ca vaut la peine de continuer à travailler dessus cependant car, comme dit ci-dessus, les pays continentaux ne peuvent avoir de SWAC. Un autre intérêt est que le SWAC fournit du froid 24h/24, à la différence de la climatisation solaire. Mais les 2 ne sont pas exclusifs de toutes façons : le SWAC ne peut pas pénétrer beaucoup dans les terres et ne restera valable que pour des unités de tailles importantes.
    - Le « gaz polluant » de la climatisation n’est pas résolu : le protocole de Montréal a certes banni en 1984 les CFC (qui attaquent la couche d’ozone), pour les remplacer par… des produits à effet de serre extrêmement puissants.
    - Je ne comprend pas très bien la phrase sur les énergies nucléaires et fossiles (l’énergie nucléaire est d’ailleurs une énergie fossile, même si elle n’est pas carbonée). À Tahiti, la climatisation utilise l’énergie électrique, c'est-à-dire grosso modo 75% de fossile du fioul lourd), et 25% de renouvelable (de l’hydroélectricité). Effectivement, il faut développer les énergies renouvelables pour gratter leur part dans le mix énergétique global, mais on n’est pas prêt de réussir à se passer du fossile (malheureusement). Les climatisation électriques quant à elles sont de vraies saloperies énergétiques : leur rendement est déplorable. Il est nettement plus raisonnable de chercher à développer une climatisation alternative (SWAC, climatisation solaire) plutôt que de continuer à les utiliser avec de l’énergie renouvelable : cette dernière est bien trop précieuse pour ça ! Les articles dans la partie « Énergie » du site focalise sur les ordres de grandeurs : aucune solution n’est simple tellement nous sommes devenus consommateurs (et dépendant) d’énergie.

    Je terminerai en précisant que le froid ce n’est pas que pour la climatisation touristique. On peut aussi refroidir des enceintes de groupes froids pour le stockage des aliments, de manière à ce qu’ils fonctionne moins, et on en parle toujours (un peu…) pour l’hôpital : les retombées en terme de sécurité alimentaire et de santé sont donc aussi potentiellement importantes.
    Enfin, et je le précisais dans mon précédent commentaire, mieux vaut réussir à avoir besoin du moins d’énergie possible. Et « ensuite » de substituer rapidement, pour des raisons de sécurité énergétique et de réchauffement climatique, les énergies locales renouvelables aux énergies fossiles carbonées. Il est de toutes façons peu probable que le SWAC se développe à grande échelle : même s’il a prouvé son efficacité à BB, les projets en place dans le monde se comptent sur les doigts de la main.

    Pour résumer, en ce qui me concerne, et en tant que non spécialiste du sujet (je suis biologiste marin), j’y suis favorable tout d’abord pour l’économie carbone qu’il représente (comme pour l’hydroélectricité, la houlomotrice, l’éolien, le bois géré, le solaire thermique, le solaire photovoltaïque, etc. ). Au-delà de l’aspect environnemental global (le carbone), en ce qui concerne l’aspect environnemental marin, j’ai également un a priori positif ; en ce qui concerne BB par exemple, il faut bien se rendre compte que la quantité d’eau mise en jeu est minuscule par rapport aux courants océaniques de l’île (ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a aucun impact localisé, mais que celui-ci est justement… localisé.
    Je vous rejoins tout à fait par ailleurs sur la prudence à avoir, car ce sont des procédés particulièrement jeunes. Cette prudence implique un suivi à long terme des effets de la structure (et donc un point zéro et des témoins) et la capacité de remédier à des effets néfastes.
    D’une manière générale, je pense qu’il faut faire attention à ne pas se tromper d’ennemi (ce sont toujours les mêmes : le carbone, les eaux usées, les produits chimiques et les métaux lourds, l’impact de la consommation (souvent à distance bien loin de chez soi) la misère et les dictatures). Nous aurons toujours un impact, quelque soit la technologie utilisée. Il faut cependant veiller à ce que celui-ci puisse être minimalisé et que l’on puisse réussir ensemble, forcément de manière bien plus raisonnable, notre humanité…

    À votre disposition,

    Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Ajouter un commentaire


Articles les plus lus

  • Bye bye les filaments...


    Dans Consommation

  • Énergies renouvelables - Quelles perspectives pour Tahiti ?


    Dans Énergies renouvelables

  • Impacts du dérèglement climatique en Polynésie


    Dans Dérèglement climatique

  • La problématique énergétique


    Dans Énergies fossiles

  • Les énergies fossiles : vers une fin programmée


    Dans Énergies fossiles

  • Consommation durable


    Dans Consommation

  • Biodiversité. Et puis quoi encore ?


    Dans Biodiversité

  • Disparition programmée du thon rouge en Méditerranée. Et en Polynésie ?


    Dans Pêche & Aquaculture

  • Crise pétrolière et Outre-Mer


    Dans Énergie & Climat

  • Être éco-responsable au bureau


    Dans Consommation

Newsletter 2Dnews

Pour être régulièrement tenu informés, abonnez vous à notre newsletter.



Nous avons 12 invités en ligne

ADEME