La belle verte et l'oiseau de métal

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Avion au biocarburant Air New Zealand, la compagnie du pays des Kiwis, prend les devants face à la crise énergétique pétrolière qui monte, qui monte... , situation qui devrait sérieusement se détériorer aux tout début des années 2010.

Or, moins de pétrole et les avions ont subitement - allez savoir pourquoi - un peu plus de difficulté à quitter le plancher des vaches (et des Kiwis). C'est pourquoi ANZ louche avec appétit sur le Jatropha, une plante grasse de milieu aride, dont on peut produire un diester (biodiesel).

Les agricarburants de première génération sont, eux, un vrai danger pour l'humanité. Ces huiles (de soja, de maïs, de palme, etc.) sont en effet des huiles alimentaires que nous brulons déjà dans des réservoirs ! La bagnole plutôt que la bouffe, quel sinistre choix de civilisation que celui là...

Le JatrophaL'huile de Jatropha, au contraire, est non comestible. Mieux, elle est capable de pousser sur des terres non-arables (c'est à dire non satisfaisantes pour une agriculture classique car  trop sèches, trop salées, trop polluées ou trop froides, etc.), même si elle se plait aussi sur les terrains propices à l'agriculture. Et ANZ assure avoir assuré un approvisionnement suffisant en Jatropha provenant justement de terres non-arables, qui ne rentrent donc pas en compétition avec les terres pour l'alimentation.

Suffisant tout du moins pour un vol d'essai. Car c'est là où le bât blesse : s'il fallait passer à une production industrielle, ne serait-ce que pour une compagnie d'aviation, les terres non arables risqueraient assurément de ne pas suffire. Ou plus simplement, la tentation serait trop forte pour certains agro-industriels de nourrir leur portefeuille plutôt que la planète, en faisant pousser la belle verte qui fait voler les oiseaux de métal sur un sol plus riche, plus juteux, et en en virant cette saleté de riz ou ce satané mil qui, s'il nourrit, rapporte moins.

Pour une vraie alternative, il faudra passer à la 3e génération d'agricarburants, celle qui permet d'avoir encore plus de marge vis à vis de la production alimentaire, à partir d'algues microscopiques marines, ou à partir de la lignine des arbres. Nous sommes loin d'y être et, sans vouloir insister sur les ordres de grandeur de notre consommation et les échéances qu'ils entraînent, il sera toujours plus prévoyant, et largement moins dangereux d'un point de vue civilisationnel, de revoir sérieusement notre rapport à l'énergie...